Poème découvert et choisi par Chantal RAVEL aux Editions Jacques Brémond à Grigny le week—end dernier.
Il existe sur le bord des routes des tristesses mais aussi
des joies gentiment assises dans l’attente du passant
qui les relèvera et lorsque survient le promeneur et son bâton,
suivi de son chien- tendresse, alors joies et tristesses se dressent,
prêtes à nouveau à reprendre la parole et à faire cortège
à celui qui avance dans le paysage endormi, comme si
chaque fois tout pouvait recommencer à s’animer à cause
du bruit des pas sur le chemin et du bâton qui les accompagne
et du chien qui court en avant de son maître et jamais ne dévore
les petites joies et les grandes tristesses, mais leur fait la fête
et tendrement les lèche de sa bonne langue rose et noire,
tous les trois, passant, chien, bâton, permettant au monde
et au paysage de se réveiller une fois encore, comme tous
les matins, grâce au promeneur et son chien, au bâton aussi
qui rythme l’éveil du soleil sur la colline en face et fait voler
la poussière blanche du chemin, tandis que les premiers oiseaux
se mettent à croire eux aussi que le matin vient avec lui
tout ce qui dès que la lumière est posée sur la journée,
comme le peintre sur la toile vide dépose un peu de couleur,
et voilà que je cours et voilà que je lèche et voilà que
petites joies et grandes tristesses sautent dans mes bras
et voilà que.
Sylvie Durbec
La huppe de Virginia
Editions jacques Brémond 2011